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Gill Dougherty's Blog

  • Bijou, S’il Vous Plait

    Current mood:catalyzed

    'tain ! Je l'ai fait… et je jure que ça va pas devenir une habitude… après avoir subi, à défaut de l'accepter,  la dynamique creuse des CDs - des aigües, des basses, pas grand chose au milieu -,  j'ai signé pour le relief écrêté du MP3, fut il à 256Kb. D'un autre côté, il n'y avait pas trop le choix : aguiché par le teaser (c'est fait pour ça les teasers)  du Live au Zenith de Caen, je me suis laissé entrainé à force de clicks vers ce que je pensais être l'achat d'un nouvel album de Bijou SVP… Aïe ! Virgin Méga, en dépit de l'apparente pochette, c'est pas pour vendre du CD. Tout au plus, après avoir fourni de multiples informations dont (et surtout) le numéro de votre carte bleue, pourrez vous télécharger (Oui ! Télécharger… )  les 15 titres témoins de la prestation du gang dans la ville normande. D'un autre côté, 9,99€, c'est pas la mer à boire, mais, bon… question de goûts et de fidélité : je préfère mettre encore 20€ dans un vinyl noir de chez noir, avec sa pochette en carton graîné qui donne l'impression d'avoir sous les doigts quelque chose de chaud, de vivant et qui ne demande qu'à rugir, des notes, des photos, un slogan mystérieux gravé près du label, à même le vinyle, pour ceux qui lisent les petits caractères  …  Enfin ! Un disque quoi ! Quoi qu'il en soit, j'ai récupéré sur mon disque dur les 15 morceaux qui constituent l'œuvre.

    Une fois la chose gravée et, encore chaude, introduite dans le tiroir du lecteur, après avoir choisi un volume adapté qui ne laisse le choix ni aux enceintes, ni à l'auditeur, j'ai appuyé sur le bouton « play » d'un index quelque peu désabusé.

    Dés la première ambiance, un public qui soudain se réveille, une guitare qui se cherche et le martellement d'une batterie qui se trouve, c'est certain la magie opère avec toujours la même efficacité. Tout y est : la basse vrombrissante, la guitare crunch et le delay court de Patrick Llaberia qui ne rendent rien au jeu de son prédécesseur, La batterie imperturbable de Frank Ballier , et les voix, celle de Dauga, bien sûr, qui n'a rien perdu, mais les autres également qui s'inscrivent sans faillir dans le galop débridé de Bijou SVP.  Le Son ! Les Cavaliers du Ciel sont toujours là, avec leur conclusion empruntée au Apache des Shadows à laquelle je préférais celle des Champions de Claude Ciari. Dauga y a ajouté les Yipiyahééé dont je pensais avoir le monopole français (et je le prouve). Les titres majeurs des premiers albums sont présents, mais aussi les petits nouveaux qui se taillent leur place à grand coup de riffs :  Les Rockeurs de Droite, Le refrain ça fait comme ça, Redescends sur Terre, T'as pas sonné à la bonne adresse et deux inédits : Machine arrière et Où sont tes rêves. Dauga a toujours eu le sens de la formule dont on fait un titre ; d'ailleurs, en 1981, au fin fond de la brousse, à l'occasion d'un concert dont les Incorruptibles assuraient la première partie, pour un parterre d'agriculteurs que Palmer avait su faire lever d'une rafale de Flying V, ne m'avait-il pas laissé au dos d'un 45 désormais introuvable ces quelques mots : « Que Dieu Te Bénisse » ? De là à en faire une chanson… Dans tous les cas, c'est clair ! Ce témoignage Live donne envie de les voir sur scène… Et il semble désormais en exister des traces en vidéo ; attention à ne pas renouveler cette erreur qui aujourd'hui encore nous prive, à de très rares exceptions près, des images d'archive de la période 76, 81.

    Je me souviens d'un Palmer à la dent dure qui ricanait en ces mots dans un magazine ou il a tribune ouverte : « Je ne savais pas pourquoi je ne voulais pas reformer Bijou ; désormais, je le sais… ». En fait, je le comprends, mais peut être pas dans le sens où lui l'entendait. D'ailleurs, pourquoi continuer avec ce Bijou SVP qui sonne comme une excuse sinon pour éviter de froisser les susceptibilités.  Parle t'on de Queen SFM, ou de AC/DC SBS. Pourquoi ne pas alors le compléter ainsi : BIJOU SVP SDY (Vous savez ? S pour Sans…) ? On pourrait plus positivement penser à BIJOU APL AFB (Oui ! A pour Avec…). En fait BIJOU Tout Simplement, BIJOU est de retour ! Alléluia !  A quand un petit tour en Finistère ? La Carène de Brest me semble être une salle tout indiquée.  

  • Patrice Fabien

    Patrice Fabien, l’un des rares producteurs français, méritant cette appellation, est décédé le 28 février dernier. Nous revenons sur le parcours de ce fan invétéré des Clash, accoucheur d’une bonne part de la scène française, de 1978, au milieu des années 1980, de Shakin’ Street à Edith Nylon, en passant par Patrick Eudeline et les Désaxés. Bande son : Yesterday’s Papers par Shakin’ Street. « PLAY IT LOUD ! », comme on disait alors…

    J’ai rencontré Patrice en août 1983, au moment où il lançait son label Réflexes. Il nous avait signés sur la foi d’une maquette enregistrée dans le studio des Tokow Boys, qu’Eric Debris avait mixée. Il manquait à Fabien un groupe pour boucler une première série de cinq singles qu’il comptait sortir à la rentrée. Nous tombions à pic. Une semaine plus tard, nous étions en studio. Deux mois après, notre premier simple était dans les bacs.

    Fabien n’était pas un nom inconnu pour un lecteur attentif des notes de pochettes. Il nous intéressait parce qu’il avait produit, l’année précédente, Dès demain, le simple qui inaugurait le nouveau contrat de Patrick Eudeline chez CBS. Et ce single était si bon qu’il aurait pu être celui d’un groupe new-yorkais produit pas Shadow Morton.
    Mais quand on a demandé à Patrice Fabien de nous en dire plus sur ces séances, il a juste répondu : « Patrick Eudeline ?… Vous savez, Patrick, il venait au studio, il piquait la bouteille de solvant pour nettoyer les têtes du magnéto, il l’avalait cul sec, ensuite il s’effondrait et il dormait… ».Septembre 2007, je demande à Patrick comment se déroulaient les séances avec Fabien : « Patrice Fabien ?… Ce qui était cool avec lui, c’est qu’il était tellement saoul qu’il dormait sous la console. De sorte que je pouvais produire mon disque comme je voulais, sans l’avoir sur le dos… »

    1978. Quand Patrice arrive chez CBS, on lui demande de réaliser le premier album de Shakin’ Street, qui vient de se faire remarquer au festival de Mont de Marsan. Il les envoie enregistrer à Londres, avec aux claviers, Ian Stewart, le pianiste des Stones. L’enregistrement se tint à l’Olympic Sound Studio, là où fut tourné One + One.

    1979. Enfin détenteur du pouvoir de signature chez CBS, Fabien essaie de faire bouger la vielle maison, en y introduisant un peu de cette nouvelle scène française qui, soir après soir, se fait les dents au Rose Bonbon. Appelons la new wave ou after punk. Il n’y a alors qu’à se baisser pour découvrir de nouveaux talents : WC3, Edith Nylon, Blessed Virgins, Fanatics… Et Patrice Fabien se baisse, contrats en main.

    Pour ces nouvelles signatures, Fabien demande le meilleur à la major pleine aux as. Chaque fois que c’est possible, il envoie «ses» groupes enregistrer à Londres, souvent au Wessex, le « studio des Clash ». De plus, il s’arrange pour que les pochettes soient signées Bazooka ou Mondino…

    Il parvient à maintenir le cap pendant quatre ans, mais les ventes ne sont pas au rendez-vous et il se fait virer en échange de substantielles indemnités. Il en profite pour fonder son propre label, Réflexes.

    Pendant un temps, pour les groupes français, Réflexes sera « The place to be ». Très pote avec Jean-François Bizot, Fabien utilise des slogans que n’auraient pas renié Actuel, comme « HALTE AUX MOMIES ! » ou « HALTE AUX DEGUISES ! » Les « momies » et autres « déguisés » étant les représentants de la variété française que Fabien veut dégommer et remplacer par des groupes de rock. Et il faillit y parvenir…

    Même si Réflexes ne roulait pas sur l’or, Fabien se débrouillait pour que les groupes enregistrent dans de bons studios, tournent dans des conditions décentes, passent en télé et en radio, le tout avec une bonne distribution et une identité visuelle forte. Cela nous donnait la possibilité de nous battre avec les mêmes armes que les artistes signés sur les majors.
    Vu de l’extérieur, ça donnait l’impression que Réflexes était blindé de thunes. Jusqu’à ce que la réalité nous rattrape, sous la forme de créanciers, toujours plus nombreux, toujours plus pressants.

    Pendant ces trois années que dura l’aventure, ce fut une fête ininterrompue, un immense et joyeux foutoir, une franche partie de rigolade, mêlant freaks et jeunes gens modernes… Mais ne réduisons pas ce label à une aimable réunion de junkies !

    Quand il ne produisait pas l’un des groupes qu’il avait signés, Fabien réalisait des tonnes de maquettes, enregistrant tout ce qui lui semblait intéressant : les Innocents, La Souris Déglinguée, et des dizaines d’inconnus que la mémoire du rock français a oubliés…
    Il a fait un grand boulot de défrichage. Le genre de boulot qui incombe normalement aux majors.

    Son héros était Tom Dowd, le légendaire producteur d’Atlantic. L’homme derrière Coltrane, Aretha, Otis, tant d’autres… Car Fabien n’était pas homme à citer Spector ou Gottehrer, comme le tout venant. A l’instar de Tom Dowd, Patrice était obsédé par les nouvelles technologies. Il arrivait en studio avec son propre rack de gadgets électroniques, qu’il patchait sur la console, souvent sans demander l’avis de l’ingénieur du son qui finissait tôt ou tard par piquer une crise de nerfs…

    En studio, impossible de tricher avec Fabien. Il attendait le meilleur de vous, et vous le faisait cracher, que vous soyez d’humeur ou pas. Les séances commençaient « un matin », se poursuivaient longtemps au-delà des délais prévus, et se terminaient « un jour ». Entre temps, tout pouvait arriver.

    Les ingénieurs du son s’effondraient, les uns après les autres, tandis que Patrice ouvrait une autre bouteille de scotch, une autre cartouche de Dunhill, avant de suggérer au chanteur : « J’aimerais bien qu’on essaie de refaire la voix lead, sur le refrain… Tu as chanté comme un grosse merde, là, tu le sais, j’imagine… » En fond sonore, le ronronnement de la clim se mêlait aux ronflements de l’ingénieur du son.

    Je me rappelle des derniers jours, rue Crozatier (siège du label), quand nous n’allumions plus la lumière et parlions à voix basse, de peur d’être entendus d’un huissier. Si d’aventure on sonnait à la porte, nous retenions notre souffle, jusqu’à ce que les pas du visiteur s’éloignent. Et puis, nous n’avons plus allumé la lumière, ni utilisé le téléphone… Les lignes avaient été coupées. Et puis ce fut la fin.

    La fin de Réflexes, mais pas de Fabien. Il voulut nous entraîner dans une nouvelle aventure, mais nous étions las, et nous avons bêtement signé sur une major. Pendant ce temps, Patrice fondait Commotion, puis Wanted, des labels qui alignèrent les tubes à la fin des années 1980, avec Guesch Patti, les Portes Manteaux, et d’autres que j’ai oubliés. Patrice prouvait ainsi qu’il savait toujours reconnaître un hit quand il en entendait un.

    Et puis, je l’ai perdu de vue. Pendant plus de dix ans, nous ne nous sommes pas croisés. Lorsque j’ai publié mon premier livre, Some Clichés, une enquête sur la disparition du rock’n’roll, je l’ai invité au vernissage. J’ai compris alors que notre lien était indéfectible. J’ai compris aussi que j’étais ce que je suis grâce à ces années d’apprentissage passées à ses côtés. Car il est important d’apprendre à vider une bouteille de Glenfiddich sans se ridiculiser quand on a 20 ans. Important d’apprendre à relever le col de sa veste avec classe, ou à allumer une cigarette en se protégeant du vent avec le revers de son perfecto…

    Il y a aussi cette fois où sa Rover est sortie de la route, en Bretagne. J’étais à l’intérieur. Pendant quelques secondes, nous avons flotté dans une dimension incertaine, confrontés à un choix binaire : vie / mort. Lorsque la berline s’est enfin immobilisée sur la terre boueuse, à quelques centimètres d’un pylône en béton, nous avons réalisé que nous nous en étions sortis. Ne restait qu’à récupérer ces kilomètres de bande 24 pistes qui s’étaient échappés du coffre et que le vent déroulait. Un rude boulot.

    Je me souviens que lorsque Jack Nitzsche est mort, le Guardian a titré un truc du genre : « L’UN DES PISTONS DU MOTEUR DE LA BUBBLEGUM MUSIC A LACHE CE MATIN »…Si j’avais travaillé à la rubrique nécro du Gardian, je pense que j’aurais trouvé un meilleur titre.

    De toute façon, Patrice n’aimait pas la bubblegum music.

    Pierre Mikailoff

  • L’amour de soi

    Current mood:calm

    La reine Malika et le roi Kosala étaient des contemporains de Bouddha. La reine s'était récemment convertie au bouddhisme. Le roi ne l'avait pas fait.

    Cependant, il respectait les convictions religieuses de son épouse. Or, au cours d'une soirée très romantique, le roi se pencha sur la reine, la regarda tendrement et lui demanda: «Qui aimes-tu le plus au monde?» Il s'attendait à ce que la reine lui dise: «C'est toi!» La reine répondit plutôt: «Eh bien, c'est moi que j'aime le plus au monde».

    Surpris de cette réponse, le roi réfléchit un moment et il lui dit: «Je dois t'avouer que c'est moi aussi que j'aime le plus au monde.»

    Restés quelque peu consternés par l'allure de leur conversation, ils allèrent consulter Bouddha pour se faire éclairer. Bouddha les félicita de s'être posé une question aussi importante. Il leur déclara qu'en fait chacun s'aime lui-même le plus au monde. Il ajouta: «Si vous comprenez cette vérité, vous cesserez de vous manipuler l'un l'autre ou de vous exploiter. Si vous pratiquez l'amour de vous-même, la compétition entre vous n'aura plus sa place. Vous n'aurez pas à défendre votre valeur personnelle et, par le fait même, il n'y aura pas lieu de vous disputer. Si vous vous aimez vous-même, vous vous libérerez du piège d'exiger que les autres vous aiment. Pour ma part, j'ai besoin de l'amour des autres, mais je ne peux pas le commander. Si mon besoin d'amour n'est pas comblé par les autres, je m'assure de pouvoir m'aimer moi-même. Ainsi je laisse les autres libres de me donner ou non leur amour.»

    Bouddha poursuivit ainsi son enseignement: «Pour atteindre cet idéal d'estime de vous-même, vous devrez abandonner l'idée de vous croire meilleur ou inférieur aux autres ou même leur égal. Quel choix vous reste-t-il si vous n'êtes ni supérieur, ni inférieur, ni égal? L'idéal est de rester vous-même. Si vous êtes vous-même sans chercher à vous comparer aux autres gens, vous aurez le loisir d'entretenir avec eux une parfaite communion.»

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